Les bienfaits insoupçonnés du bâillement et du soupir

Au début d’un cours de Gym, le premier bâillement arrive souvent dès que nous commençons à prendre des respirations plus conscientes et plus profondes, à étirer doucement le corps…

Connaissant les bienfaits des bâillements, j’encourage mes élèves à ne pas les censurer, bien au contraire, je les invite à les « savourer » pleinement, en les amplifiant.

Que se passe-t-il donc en nous quand nous bâillons ?

Bâillement et système nerveux

C’est notre nerf vague qui est activé par le bâillement, et avec lui, la branche parasympathique de notre système nerveux, celle qui joue un rôle clé dans la détente, la relaxation, le repos, la digestion, l’auto-réparation de l’organisme.

Le nerf vague – autrement appelé nerf pneumogastrique, ou nerf parasympathique – est un nerf crânien qui relie notre cerveau à la plupart de nos organes internes.

Il parcourt une grande partie de notre organisme, cheminant depuis le cerveau jusqu’à l’abdomen et les intestins, en passant par le thorax et les poumons.

C’est un nerf pair, c’est-à-dire que nous avons un nerf vague de chaque côté du corps.

Lorsque nous bâillons, il se produit dans notre organisme une cascade neurochimique qui réduit le cortisol (l’hormone du stress), augmente l’ocytocine (l’hormone du bien-être), et améliore la thermorégulation du cerveau.

Nous pouvons observer que bâiller permet à notre corps de se libérer de ses tensions, et ainsi à regagner de l’énergie.

Il est donc dans notre intérêt d’accueillir le bâillement sans le retenir, voire de pratiquer le bâillement intentionnel pour potentialiser ces effets positifs, comme nous le verrons plus bas.

Le bâillement améliore le fonctionnement du cerveau

Selon les neurosciences, bâiller améliore notre fonctionnement cérébral.

En effet, le bâillement vient stimuler le système glymphatique, qui est un réseau de nettoyage propre au cerveau.

Ce système permet au cerveau d’évacuer les déchets métaboliques grâce à la circulation du liquide céphalo-rachidien le long des vaisseaux sanguins cérébraux.

Il fonctionne surtout la nuit, pendant le sommeil, mais il est aussi activé lors de bâillements profonds.

Le bâillement rétablit un équilibre entre les principaux réseaux cérébraux tout en augmentant le flux sanguin vers le cortex pré-frontal – c’est-à-dire la partie de notre cerveau responsable entre autres de la prise de décision.
Après un bon bâillement, cette capacité s’en trouve optimisée.

Ainsi, après une série de bâillements, nous y voyons plus clair, nous sommes plus aptes à nous concentrer, à être plus créatifs et à prendre les bonnes décisions.

Comment déclencher à coup sûr un bon bâillement ?

Nos bâillements se déploient sur l’expiration, après avoir inspiré.

Pour en déclencher un, d’abord, il faut se mettre dans de bonnes dispositions d’esprit. Souvent, le simple fait d’évoquer le bâillement provoque l’acte lui-même !

Si ça ne suffit pas, on peut y ajouter des étirements avec les bras, voire les jambes, comme si on était dans son lit après une excellente nuit de sommeil.

On peut aussi en inspirant avancer la mâchoire inférieure, puis ouvrir la bouche en cherchant à faire monter le palais mou, au fond de la bouche : bâillement quasi garanti !

Les bienfaits du bâillement semblent potentialisés si on le sonorise ou si on le vocalise, c’est-à-dire si on ajoute une voyelle dans l’expiration à ce moment là (un ahhh…, la plupart du temps).

Le soupir, autre « outil » de régulation nerveuse

Le soupir possède des propriétés similaires.

Il réinitialise notre rythme respiratoire, réduit la tension physiologique et calme l’anxiété.

En soupirant, nous déposons un fardeau symbolique, et le corps amorce une détente profonde.

Le soupir est naturellement lui aussi accompagné du son « ahhh » plus ou moins sonore.
Il exprime l’aise, le soulagement, le relâchement d’une contrainte, d’un poids, physique ou émotionnel.

Bâillement et soupir intentionnels en pratique – séquence de 5 minutes

Bâiller ou soupirer sont des actes involontaires.

Nous pouvons d’abord apprendre à les conscientiser, puis les pratiquer à loisir, quand le besoin se fait sentir :

– pour remonter notre niveau d’énergie;
– pour retrouver une clarté mentale;
– pour apaiser un état émotionnel perturbant.

De fait, leurs effets thérapeutiques semblent être démultipliés si nous le faisons intentionnellement.

Je vous propose d’expérimenter une pratique de 5 minutes :

1. prendre 3 respirations profondes en inspirant par le nez, ventre détendu, et en expirant lentement par la bouche ;

2. étirer son corps dans toutes les directions en cherchant à bâiller, bouche grande ouverte, mâchoire étirée ;

3. relâcher et observer ;

4. recommencer le numéro 2 une ou deux fois

5. se reposer de 30 secondes à 1 minute, assis ou allongé selon les possibilités, et accueillir la respiration telle qu’elle se présente, sans effort.

Conclusion

Nous pouvons considérer que bâillement et soupir sont des outils neurologiques disponibles facilement et gratuitement, à pratiquer en cas d’urgence, ou en prévention.

Il n’est pas toujours possible de bâiller n’importe où, pour des raisons de bienséance ou de vie en société, mais on peut programmer une séquence de reset neurologique quand on sait qu’on va être tranquille, seul.e ou avec des gens à qui on a expliqué la démarche et qui ne seront pas dérangés.

Dans mes cours de gym, les élèves n’osent pas facilement se laisser aller à bâiller franchement ou soupirer. C’est pour cela que je montre l’exemple, d’autant qu’on le sait, bâiller est communicatif.

Ainsi, les cours peuvent être profondément régénérants.

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